In God we trust

Publié le par acila

Après Tribulations d'un précaire, j'ai lu Trois hommes, deux chiens et une langouste. Et me voici aujourd'hui au coeur d' Une canaille et demie. Décidément Iain Levison gagne à être connu. C'est un auteur qui sait camper des personnages. Il a des choses à dire et il sait le faire. Il nous parle de l'Amérique. La vie n'y est pas facile pour tous, et un diplôme de lettres ça ne sert, ça ne sert à rien. Le nerf de la guerre est l axe récurrent. Il ne perd pas de vue que tout en découle. Analyse, humour et compassion.
Extrait :
"Pourquoi je braque des banques ? C'est pas une question, ça. La question est : Pourquoi est-ce que tout le monde ne le fait pas ? Pourquoi est-ce que les cons comme vous laissent tous les braquages de banque à des gens comme moi ? Pourquoi vous n'aidez jamais vous autres ?"
  C'était apparemment une réponse qui se voulait drôle. Elias aurait préféré en entendre une véritable. "Nous autres ?
- Oui, vous, les bourgeois soi-disant normaux. Pourquoi vous n'essayez pas tous une fois dans votre vie ? C'est pas difficile."
  Elias n'avait pas l'impression que Dixon prenait la conversation au sérieux et il tenta d'y mettre un terme. "Vous ne pouvez pas braquer tout le temps des banques. Il n'y en aurait bientôt plus.
  - Et où serait le problème ?" Dixon l'observait, et Elias sentit qu'il devait être prudent, que ce sociopathe allait s'échauffer. Mieux valait approuver tout ce qu'il disait. Mais bien sûr, je n'y avais jamais pensé, une tentative de hold-up de banque devrait être un rite de passage pour tous les jeunes.
  "Ce serait le chaos, le Far-West, dit-il patiemment.
  - Qu'est-ce que vous savez des banques ?
  - J'ai un compte."
  Dixon tira une poignée de billets de cent tout frais, prit le premier et le tendit à Elias.
  "Regardez ce billet."
  Elias le regarda.
  "Oui ? C'est un billet neuf de cent dollars.
  - D'où il vient?" Le regard de Dixon brillait de passion à présent et Elais surveillait ses réponses.
  Elias étudia un instant le billet en cherchant une indication de la Monnaie, comme il y en a sur les pièces. Il n'en trouva pas. "La Monnaie ?
  - Il y en a quatre, vous le saviez ? A Philadelphie, San Francisco, Denver et New York. Ce billet vient d'où ?
  - Je ne sais pas."
  Dixon reprit le billet et indiqua les deux signatures. "Regardez ces deux signatures. L'une est celle du ministre des Finances, l'autre du trésorier des Etats-Unis. Qu'est-ce qui change ?
  - Je ne sais pas. Quoi ?"

  Dixon indiqua plusieurs petites lettres imprimées à différents endroits du billet. "Ce F, c'est quoi ? Et ici, F23 ? Ici ça dit FW. Qu'est-ce que ça signifie ?"

  Elias haussa les épaules.

  "Et ici, Federal Reserve ? En quoi c'est différent d'un billet US ? Qu'est-ce que ça veut dire cette Federal Reserve ? C'est quoi ? Qu'est-ce qu'elle fait ? " Dixon paraissait fiévreux tant il s'excitait, et Elias començait à s'inquiéter, il redoutait un éclat.

  "Que voulez-vous dire ?" demanda-t-il avec prudence en essayant que sa question soit aussi peu conflictuelle que possible.

  - Que personne ne sait. Personne ne se pose jamais de questions sur cette merde. Je l'ai pris dans une banque. Il est neuf, tout frais. La banque, elle l'a eu où ?

  - A La Monnaie, j'imagine.

  - Pourquoi La Monnaie donnerait de l'argent à la banque ?

  - La Monnaie ne lui a pas donné l'argent. La banque l'a acheté.
  - Avec quoi ? De l'argent ? A quoi ça rimerait ?"
  Elias plissa le front, il cherchait à ne pas avoir l'air perdu, ce qui énerverait encore davantage Dixon.
  Mais Dixon devina le trouble d'Elias et donna des petits coups sur la table tout excité. "C'est vrai. Personne ne sait d'où vient le fric ni comment il arrive à la banque. Personne ne sait vraiment rien sur la connerie la plus importante dans la vie, le fric. Et personne ne se pose de questions. La seule chose que les gens savent sur le fric c'est qu'ils n'en ont pas assez. Pour le reste, ils supposent." Dixon cracha le mot avec dégoût.
  "Ils supposent que tout est clair, mec. Ils supposent que les gens chargés de cette merde savent ce qu'ils font, qu'ils sont sérieux et que ça n'est pas une bande d'enfoirés qui nous volent notre fric. Ils supposent que personne ne mettrait un gus en prison à moins qu'il ait fait quelque chose de mal. Mais écoute bien, on trouve chaque jour une nouvelle preuve par l'ADN pour faire libérer un type, un type qui pourrissait depuis dix ans dans le couloir de la mort et boum, on découvre qu'il était pas coupable. Et tu sais pourquoi il était là ? Parce qu'il avait pas de ça." Dixon montra le billet. "C'est ça le putain de crime, mec."
  Dixon respira profondément et termina son vin, puis il poursuivit d'une voix plus douce. "Ecoute, voilà ce qui se passe, mec. Ils supposent que les banques et le gouvernement font tout bien comme il faut, mais bordel, personne en sait rien. Et moi, je pense qu'il y a quelque chose qui tourne pas rond. Si le gouvernement peut imprimer de l'argent et le vendre aux banques, pourquoi il en doit aux banques ? Tu peux l'expliquer ? Pourquoi est-ce qu'un groupe qui imprime et vend du fric, comme tu dis, doit des centaines de milliards de dollars à des groupes qui l'achètent ? Tu te l'es déjà demandé ?
  "Pourquoi soixante millions de gens doivent du fric aux banques ? Pourquoi les agriculteurs du Texas se font  confisquer leurs fermes
par les banques ? On est dans le pays le plus riche du monde, exact ? Alors pourquoi des millions de gens doivent aux banques plus de fric qu'ils n'en gagneront jamais ? Et personne sait d'où il vient, ce putain de fric, ni comment il arrive là, ni pourquoi les banques en ont tellement et sont les seules à en avoir."
  Elias resta muet.
  "C'est pas juste, dit Dixon. Vous pensez tous que ça l'est, mais non." Il soupira, se leva de table, fouilla le garde-manger et trouva une autre bouteille de vin. Il prit le tire-bouchon d'Elias sur le comptoir, le regarda comme si c'était un objet d'une autre culture, puis le tendit à Elias avec la bouteille. "Vas-y. Je comprends pas comment ça marche cette connerie."
  Elias ouvrit la nouvelle bouteille.
  "Et voilà pourquoi je braque les banques", dit Dixon en avançant son verre pour qu'il le remplisse.


Voilà, je vous laisse méditer là-dessus.
Que croyez-vous qu'il puisse à arriver à Dixon qui part dans de tels propos devant un prof d'histoire ambitieux ? Je peux vous dire une chose c'est que tout est bien qui finit bien alors vous pouvez y aller sans crainte.

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paula ramine 04/10/2009 18:40


Si le mec était honnête il aurait trouvé un moyen moins idiot que de braquer une banque. Ce faisant il devient complice de ceux qu'ils dénoncent. Cela s'appelle l'hypocrisie.
Quant à la création monétaire (fabriquer de l'argent) c'est une fonction économique lié au mode capitaliste, puisque c'est la masse monétaire qui régule l'ensemble de l'économie.
Encore une fois, si au lieu d'être dans le simplisme d'un braquage, il avait réfléchi un peu, il se serait carrément attaqué à la technique de la création monétaire.
Ce mec n'est finalement qu'un blaireau comme tant d'autres complètement asservi au système.


acila 05/10/2009 14:23


vendu paul mine à rats