Droit devant

Publié le par acila

 



La route de l'excès mène au palais de la sagesse (William Blake).
L'homme. Pour les chinois, il est le Bruce Lee de la grimpe, pour les autres, l'homme-araignée. Peu importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse, en l'occurence peu importe le surnom, il est unique. Pour moi, il a un faux-air de Vincent Ravalec mais sa ressemblance avec Iggy Pop est sans doute plus flagrante. Sinon, et là y a pas à transiger, ce sera pour tout le monde pareil, il a un nom de dictionnaire, il s'appelle Alain Robert
Lucarne. Des fois, je regarde la télé. Oui je sais c'est mal. Là c'est l'émission Thé ou Café. La présentatrice est toute sautillante sur sa chaise, elle est contente d'être là, face à cet invité qu'elle rêvait de recevoir depuis longtemps. D'ailleurs elle ne dit pas invité mais personnage exceptionnel, demi-dieu, fou. Le pas si fou est tranquille et léger : 50-52 kg, veste en cuir non comprise. Il a 47 ans (marié et père de 3 enfants) et une longue liste d'exploits derrière lui.
Rêve d'enfant. Tout petit, il avait en lui ce rêve de grimpeur. Le hic : en voiture avec ses parents, il était terrorisé à chaque tournant et vivait avec l'équation peur égale mort, virant en boule dans sa tête. Un beau jour, il va forcer son destin. De retour de l'école, il se rend compte qu'il a oublié ses clés, ses parents sont encore au travail... que faire ? Grimper les sept étages par la façade est la seule solution qui s'impose à lui (l'histoire ne dit pas s'il y avait une fenêtre ouverte ou un balcon) Avertissement : les enfants, et je sais que vous êtes nombreux à me lire, n'essayez pas d'oublier vos clés pour faire vos intéressants, vous ferez comme lui, si le coeur vous en dit, à partir de l'âge de votre majorité, je veux pas d'ennuis avec vos parents) fin des parenthèses).
C'est l'amorce, la vie commence enfin, seconde naissance. C'est d'ailleurs quelque chose qui revient souvent dans son discours, cette notion de born again momentanément je me mets en danger de mort et parvenu au sommet je regagne le droit de vivre.
Il est amusant lorsqu'il parle de son graal d'enfant : petit je voulais devenir courageux comme Robin des bois. Il s'est dépassé un jour, pour continuer toujours. Il s'est construit un personnage, désormais célèbre sur toute la planète et n'a cessé d'aller voir le ciel de plus près. Aujourd'hui, il ne se laisse pas intimider par une invalidité reconnue de 60 % (et on se doute que la sec soc ne doit pas être du genre à surcoter) obtenue suite à deux chutes graves ayant occasionné de multiples fractures : bassin,  avants-bras (il grimpera même avec deux plâtres),  crâne (atteinte de l'oreille interne gauche non résolue à ce jour qui lui laisse en cadeau le vertige). Oui, vous avez bien lu, il a le vertige !
Pied de nez. Et il fait de l'escalade sur des surfaces glissantes avec pour tout bagage un petit sac de magnésie et un peu d'eau.  La présentatrice lui demande : pourquoi ne pas vous attacher ? Il dit je n'aime pas le sport mais le courage qui ramène à la prise de risque. ( Il s'avère que sa chute sur le crâne est imputable à un noeud de corde mal fait ). (En fin d'émission, il développera : C'est cool parce qu'on vit dans un monde au dialogue hypersécuritaire et c'est un pied de nez à la société que je fais). Face à la stupéfaction de son interlocutrice, il ajoute qu'il voit des gens autour de lui attendre impatiemment le samedi, alors que pour lui samedi, c'est tous les jours. Et "tous les samedis" il s'entraîne sur son plafond d'escalade, chez lui, sur une bonne musique (comme celle que vous entendez en ce moment par exemple); y a pas à dire il a tout compris.
Terrain de jeu sympa. Areva, Gan, l 'arche de la défense (ce quartier rendu célèbre par l'affaire "mon fils, ma racaille ma bataille) constituent un terrain de jeu sympa et la façon la plus rapide de pouvoir grimper en sortant de chez moi. Il voit ces tours comme de gros diamants possédant une certaine beauté, peut-être un peu artificielle mais pourquoi pas ? J'ai traversé 3 décennies en faisant du 100% c'est pas mal, j'espère en traverser 4 et 5. Toute ma vie, je joue. Il y a des étincelles quand je fais quelque chose. "Une fois les 6 mètres grimpés, plus rien ne peut l'arrêter" constate son photographe.
Graal : Le gratte-ciel est la verticale absolue.
Terminator. Pendant une escalade,  le mental ne flanche pas : je suis un terminator. A l'issue de l'une d'entre elles, on le voit dire aux caméras qui reculent devant lui : tant que vous avez une once de vie, si vous avez des rêves, foncez parce que c'est fait pour ça la vie. Retour plateau, synthèse de l'auteur : la question est de décider ce qu'on veut faire de sa vie.
 En rien il ne cherche la facilité : j'ai jamais cherché à être riche, j'aurais pu vivre au frais de la sécurité sociale; je profite de la vie, pas du système, et sait renoncer quand il a un mauvais pressentiment.
Sa clé :  avoir compris que la fraction de seconde d'adhérence d'un pied sur une vitre permet de déplacer l'autre.
Si tout semble facile dans sa bouche, il rappelle tout de même qu'il a auparavant fait 15 ans d'escalade rocheuse avec quelques records du monde à son actif encore valables à ce jour ( vous trouvererez   un tableau récapitulatif et vous découvrirez (peut-être) que l'on peut grimper La chèvre ou le chou, L' Ange en décomposition, Polpot, Les doigts de l'espace ou Lou pape
Illégal. Je vais au commissariat mais il ne s'y passe pas grand-chose : une main courante et voilà. Je connais la plupart des commissariats du 15ème arrondissement.
A quoi ça sert ? A rien pour les capitalistes ,ou à vibrer, comme il le dit lui-même : je vibre avec  les 100 - 150 000 personnes en bas ( lors de ses escalades pour des causes humanitaires par exemple).
Autoportrait. En trois mots. Aventurier. Joueur. Des temps modernes.
Citations.
  • « Pour moi,
  • l'escalade est une passion. C'est ma philosophie de la vie. Avec 60 % d'invalidité et ce vertige que je ressens à chaque instant, je suis devenu l'un des meilleurs grimpeurs en solo intégral.
  • « L'homme se crée ses propres limites, mais nous avons tous en nous la force de les dépasser pour atteindre nos objectifs. Il suffit de savoir trouver cette force et de la développer».
  • « Cela fait tellement longtemps que je grimpe, que je ne conçois pas ne pas grimper. C'est ma vie, je suis un grimpeur et un grimpeur qui grimpe ».
    Projet.  Escalader la réplique américaine de la Tour Eiffel, 165 m de hauteur (elle est plus petite que l'originale (300 m) qu'Alain Robert a escaladé deux fois, mais bien plus difficile techniquement).
    ça promet un challenge sympa
    conclue-t-il.

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André Bolkonski 22/11/2009 18:14


çà me fait penser aux laveurs de vitres des gratte-ciel américains. Il y en a pas mal. Grutiers sans cabine, ils oscillent dans les vertiges du vide, ils révèlent le ciel aux gens des bureaux.
Combien se font-ils de dollars par jour acila? Sont-ils couverts par la sec soc en cas d'accident? Ont ils un syndicat comme Robert j'imagine? Et sont-ils heureux de cette société qui regorge de
causes humanitaires?


acila 22/11/2009 19:59



Je ne connais pas le salaire des laveurs de vitres aux états-unis. Le système américain en matière de santé n'est pas le même que le nôtre, tu ne l'ignores pas, je
pense. Un syndicat ??? Euh...



goldfish 20/11/2009 09:03


Décidément...

Il n'y a pas d'accent impeccable ni là ni ailleurs!
Il l'a quand même vaincu en quelque sorte...


acila 20/11/2009 09:08


oui pas facile !
ah donc c'est pas si grave cette histoire d'accent (j'ai eu peur pour ma propre pomme)
oui mais disons qu'il doit aussi le vaincre à chaque escalade
toi aussi, tu l'as vaincu un jour


Goldfish 19/11/2009 19:07


Même si je comprends bien qu'il ne s'agit pas là tant qu'Alain Robert que sa philosophie (du moins me semble-t-il)
J'ai beaucoup de mal avec ce personnage...qui est même venu escalader un bâtiment de la city où je suis allée nager...il est apparu un (peu) ridicule aux yeux de ses habitants qui n'ont pas bien
compris ...faut dire que son accent in english est ...wouaaah est plus que terrible
sinon j'aimerai bien vaincre le vertige moi-aussi mais malgré moult essais rien de concluant à ce jour...


acila 20/11/2009 08:33



si si il s'agit bien d'Alain Robert en premier lieu et sa "philosophie" c'est sa vie
pourquoi as-tu beaucoup de mal avec ce personnage comme tu dis ?
te sens-tu  mieux avec les gens de la city qui ont un accent anglais impeccable ?


il n'a pas vaincu le vertige (relis l'article), il grimpe avec ...


 



paula ramine 19/11/2009 06:28


Et pourtant, que la montagne est belle!