Jean-Marc Pontier

Publié le par acila

  Tout est allé très vite. Sans trop bien réfléchir ce dimanche là, je me suis rendue au festival de BD de la ville la plus proche. Je me rendis compte un peu tard que jour de beau temps ne signifie pas forcément intérieurs vides. Et me voilà perdue au beau milieu d'une foule non en délire mais pour le moins fournie et grouillante. Ciel, que suis-je venue faire dans cette galère ? Ah oui, trouver (peut-être) un cadeau unicisable (du verbe rendre unique par un dessin bien ciselé). Hum, je ne connais personne. Donc les noms au-dessus des tables où y a des gens assis derrière ne m'apportent aucune aide.

  Je me dis que point n'est important tout cela. Je m'en vais me fier à ma super intuition et déloger ainsi le génie où il se cache. Hum hum, second hic, je n'ai pas pris mon gourdin et goûter aux joies de jouer des coudes avec des inconnus ne me tente guère. J'ai besoin de mon espace de vie. Tout à coup,  l'évidence s'impose. Tout stand vide de nuées de bdphiles-donc-vores est un appel du pied à ma nécessité de respirer à mon aise. C'est ainsi que dans un recoin d'une allée passante, je découvre les  Pièces obliques de Jean-Marc Pontier. Je m'en saisis, imitant ainsi le chaland moyen. Je feuillette, 4ème de couverture et en deux secondes je sais que c'est ce que je suis venue chercher. C'est comme ça, c'est le miracle de l'intuition. J'aime le graphisme, la mise en page, un agencement en nouvelles, la thématique (des histoires qui vont de travers).

  J'ai beau être sauvage, je suis pourvue de la faculté de prendre plaisir à converser. Le monsieur, qu'on pourra donc désormais appeler Jean-Marc Pontier puisque c'est ainsi qu'il se nomme, m'explique en plus précis ce que je viens de découvrir : la base en trois couleurs : noir, blanc, gris; pas de fidélité à ce qui fait le classicisme du genre puisqu' absence de bulle... Tiens il ressemble un peu à Dick Annegarn me dis-je en moi-même.  Ca m'oppresse, il faut que je l'évacue aussi je dis : "il y a (vraiment) beaucoup de monde !" "- oui, mais les gens n'achètent pas" (tiens je n'avais pas pensé à la problématique commerciale mais personnellement je n'ai pas envisagé de repartir sans rien, l'essai doit être transformé). "- vous connaissez la BD ?" "- euh... non, mais j'aime bien Robert Crumb" "- ah ben il est pas là" (l'auteur est drôle on dirait et ce même lorsque la potentielle acheteuse ignore tout de son art, très fort ! oui sauf que sur le moment, je suis plutôt pressée d'en finir pour retrouver l'air pur et Ressusciter Mes Poumons). Je décide donc d'acheter ce magnifique objet et commence alors le pied de grue la dédicace. Le dessinateur n'est pas l'écrivain, sa dédicace implique d'avoir en soi le goût de l'attente. Cela crée une bulle intime avec l'auteur où il réalise un truc unique rien que pour soi, c'est très charmant. Mais j'ai le chic pour casser l'ambiance, puisque bien sûr la dédicace est pour quelqu'un d'autre. Il me dit "- vous pourrez le lire", ce à quoi je réponds grosso modo que c'est évident que je vais le lire et d'ailleurs si c'est nul je ne l'offrirais pas (plus agréable que moi, tu meurs !). Le dessinateur talentueux ne s'offusque pas pour si peu et du haut de son flegme étale quelques couleurs avec un plaisir certain grâce à une boîte prêtée par un copain Et affirme ce sera bien. Parfait, parfait. Il peaufine, il peaufine (plus c'est long, plus c'est soigné); en même temps c'est beau de voir la création en action, c'est un climat propice à la rêverie. Pour conclure, il me demande donc le nom de la personne et note pour... à... le.... Et là dans cette rencontre aboutie, il a cette idée plus sotte que grenue il veut rajouter de la part de et mettre mon nom à moi. Pour marquer le coup, rendre le présent (que je vais faire) inoubliable explique-t-il. Je ne veux pas, je trouve que ça fait prétentieux. Il insiste (le bougre) tranquillement mais fermement, si bien que - mea culpa - j'ai cédé (quelle détermination !).

  Voilà c'était toute la vérité. Il m'était nécessaire que le quelqu'un ayant désormais reçu ce livre de mes propres mains sache que je ne suis point responsable de cette sinistre partie de la dédicace : de la part de MOI  (pour que t'oublies Jamais hein). J'aime bien que les choses soient claires et nettes. C'est désormais chose faite. Bien.

  Pour les autres, je suis allée explorer la toile, histoire de vous mettre quelques liens pour vous faire mieux connaître Jean-Marc Pontier. Et j'ai découvert que lui aussi aimait peindre des poissons. Ah et sinon c'est un prof de lettres (j'ai vraiment bien choisi l'objet de ma dissertation). Il doit être écrit quelque part dans le grand livre de la Vie que j'éprouverais encore et encore cette vérité fondamentale : le ridicule ne tue pas.



Supplément 

   Ce sera bien avait-il dit. C'est même très bien, enfin moi je trouve ça très bien. Une personne regardant par-dessus mon épaule fait cette étrange remarque "noir c'est noir, moi ça me plairait pas, c'est trop morbide !" (quelques jours plus tard, on put voir ladite personne toute de noir vêtue, était-elle en deuil ?) c'est drôle, cette idée ne m'a pas effleurée, le morbide m'habiterait-il à mon insu ?
   Les nouvelles ne sont pas très longues, mais toujours un rythme, une histoire inattendue, un regard.
   Une liberté, une absence de numérotation des pages.
   Evasion dans un véritable imaginaire, vagabondages dans des croyances ethniques. Etrangeté de la destinée. Un ouvrier au mauvais endroit au mauvais moment. Un saxophoniste noir ayant des amis. Un jeune enfant oublié de sa maman. Une actrice qui a de la concurrence. Un mauvais livre dont le résumé me plaît.
  La chute c'est la clé de la nouvelle il paraît. Là il y a une chute à l'album, carrément. Une conclusion où l'auteur reprend la parole et nous offre la clé de l'Oblique. Et il y a même des petites pensées dans des petits carrés que j'ai pile poil les mêmes.
  Trop fort ce Jean Marc Pontier. Et du coup je suis bien contente qu'il ait insisté pour que mon petit nom soit inscrit sur cette première page. C'est tout bon.Pieces-Obliques.jpgPieces Obliques extrait

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JMP 03/01/2010 14:57


Voilà c'est fait sur http://dessinsobliques.blogspot.com/
! En route pour la gloire!!! :))


JMP 31/12/2009 09:32


Est-ce que je peux mettre un lien depuis mon blog vers votre article sur Pièces Obliques?
Merci, bonne fin d'année!
JM


acila 01/01/2010 21:59


oui bien sûr
avec plaisir
et bonne année nouvelle


JMP 30/12/2009 19:48


Bonjour Acila,
Je tombe par hasard sur votre article sur Pièces Obliques... Merci pour tous ces compliments et votre lecture attentive. Je me souviens aussi de cette belle rencontre... euh, désolé pour la
dédicace... Bravo aussi pour votre blog, j'ai découvert Syd Matters.
Un autre recueil de nouvelles ds le même genre sort en mai prochain ("Nouvelles penchées", on reste dans le tordu)...
Bien cordialement
JM Pontier


acila 31/12/2009 02:37


Bonjour monsieur Jean Marc Pontier (je suis un peu émue de vous voir ici)
Si j'osais, je vous écrirais que je ne crois pas au hasard mais puisqu'il est heureux, je veux bien m'abstenir pour une fois.
Ne soyez pas désolé pour cette histoire de dédicace qui n'était qu'un pseudo prétexte d'écriture ! Merci et tant mieux !
Bonne nouvelle pour le joli mois de mai, c'est parfait j'aime bien quand ça penche (tant qu'on ne tombe pas...)


ln1 30/12/2009 11:27


Je confirme : le livre est captivant et c'est une très belle perle découverte dans ce salon... Merci encore de ce très bon moment de lecture (la dédicace est très belle...)
Du coup, je vais avoir du mal à le partager...
très bonne intuition...


acila 31/12/2009 02:28


Ravie de lire ton sentiment enthousiaste sur ces Pièces obliques !
Je te comprends pour le partage (j'ai eu moi-même du mal à le lâcher mais bon comme il était dédicacé, c'était délicat de le garder) mais peut-être pourras-tu faire une exception pour tes frères ?

Sinon pour l'intuition, tout comme Ophélaï, Dieu a dû guider mes pas, je ne vois pas d'explication plus rationnelle.