L'arbre et l'enfant (suite)

Publié le par acila

  Le jeune homme ne venait plus que très rarement près de l'arbre. L'être qui devient grand, dont l'ambition est importante, a de moins en moins de temps à consacrer à l'amour. Le jeune homme était tout accaparé par des choses mondaines.

  Un jour, il arriva. L'arbre lui dit : " Je t'attendais, je t'attends tous les jours !"

  Le jeune homme répondit : "Qu'as- tu à me donner ? Pourquoi irais-je te trouver ? As-tu de l'argent ? Il m'en faut". L'ego est toujours motivé. Il ne bouge que lorsqu'il y a un intérêt à la clé, un but. L'amour est sans raison. L'amour est sa propre récompense.

  L'arbre sursauta : "Tu ne viendras que si je te donne quelque chose ?".  La rétention, l'avarice n'est pas de l'amour. L'ego amasse, l'amour donne inconditionnellement. "Nous n'avons pas ce genre de maladie, dit l'arbre, et vois comme nous sommes joyeux. Nous nous couvrons de fleurs et de fruits. Nous dispensons une ombre bienfaisante. Nous dansons dans le vent, nous sommes plein de melodies. Les oiseaux sautillent dans notre feuillage et pépient sans avoir reçu le moindre argent pour cela. Le jour où nous serons contaminés par l'argent comme les pauvres hommes, il faudra que nous aussi, nous allions au temple pour essayer de trouver un peu de paix, un peu d'amour. Non, vraiment, l'argent ne nous intéresse pas".

  "Dans ce cas, dit le jeune homme, je n'ai aucune raison de venir te voir. Moi, j'ai besoin d'argent et j'irai là où je puis l'obtenir". L'ego veut de l'argent parce qu'il aspire à la puissance.

  L'arbre réfléchit : "Ne cherche plus, écoute-moi. Prends mes fruits et vends-les. Ainsi, tu auras de l'argent".

  Le jeune homme se dérida. Il se mit à l'ouvrage et dépouilla l'arbre de tous ses fruits, il arracha même ceux qui n'étaient pas mûrs. L'arbre était heureux et ne prêtait aucune attention à ses branches cassées. Même lorsqu'il est meurtri, l'amour est heureux. L'ego n'est pas heureux, même lorsqu'il obtient ce qu'il veut. L'ego est insatiable.

  L'arbre ne remarqua même pas que le jeune homme était parti sans un remerciement. Il s'était senti comblé lorsque son jeune ami avait accepté l'offrande de ses fruits.

  Le jeune homme oublia l'arbre. Il avait de l'argent et était fort occupé à le faire fructifier. L'arbre lui était totalement sorti de l'esprit. Il avait de la peine comme la femme dont les seins sont gonflés de lait mais dont l'enfant est mort. Tout son être appelle et cherche celui qui la soulagera. L'arbre pleurait et appelait. Tout son être souffrait.

  Un jour, l'infidèle revint. Il était adulte à présent. "Viens, mon garçon, viens m'embrasser !", s'écria l'arbre.

  "Pas de sensiblerie, s'il te plaît, dit l'homme. Je ne suis plus un enfant". Pour l'ego, l'amour est de la folie ou, au mieux, quelque chose de ridicule et de puéril.

  L'arbre insistait : "Viens, balance-toi à mes branches, viens danser, viens jouer avec moi".

  "Cesse de radoter ! fit l'homme. Je veux construire une maison. Peux-tu me donner une maison ?".

  "Hélas ! s'écria l'arbre, je n'ai pas de maison." L'homme est le seul être à vivre dans une maison. Le seul. Et voyez ce qui lui arrive lorsqu'il est enfermé entre quatre murs. Plus ses constructions sont grandes, plus il devient petit.

  "Je n'ai pas de maison à te donner, mais tu peux couper mes branches, elles te serviront de matériau pour ta maison".

  Sans perdre une seconde, l'homme courut chercher une hache et s'attaqua à l'arbre. Il coupa tout, ne laissant que le tronc. L'amour ne s'offusque pas, même lorsqu'il est blessé, si cela fait plaisir au bien-aimé. L'amour donne. Il est toujours disposé à donner.

  L'homme quitta le tronc sans lui accorder un regard. Il construisit une maison et les années passèrent.

  Le tronc attendit, attendit. Il ne pouvait plus appeler, sans branches et sans feuilles il était sans voix. La brise n'éveillait plus le moindre murmure en lui. Mais son âme priait toujours : "Viens, viens !". Personne ne venait.

  L'homme se faisait vieux. Un jour, il passa par là et s'arrêta.

  "Je t'attends depuis si longtemps, murmura le tronc. Puis-je faire quelque chose pour toi ?"

  "Que pourrais-tu faire ? dit l'homme. Je veux partir à l'étranger pour y faire du commerce. Il me faut un bateau".

  "Oh! ce n'est pas un problème, dit le tronc tout joyeux. coupe ce tronc et fais-en un bateau. Je serai ravi de t'aider à partir. Mais n'oublie pas que je t'attendrai. J'attendrai ton retour".

  L'homme apporta une scie et coupa l'arbre. Il fabriqua un bateau et partit.

  L'arbre n'était plus qu'une souche. Il attendit le retour de l'être aimé. Mais il attendit en vain. L'ego ne retourne pas là où il n'y a plus rien à prendre. L'arbre n'avait plus rien à offrir. L'ego ne va que là où il y a quelque chose à gagner. L'ego est un mendiant perpétuel, il est sans cesse en état de demande. L'amour est généreux. L'amour est un roi, un empereur. Aucun monarque ne peut égaler sa magnanimité.

  L'autre soir, je me reposais près de ce qui reste de cet arbre. Une petite voix disait : "Mon ami n'est pas encore de retour. Je suis inquiet, peut-être a-t-il fait naufrage. Ou bien s'est-il perdu dans un pays lointain. Peut-être n'est-il plus en vie... J'aimerais tant savoir comment il va ! Mes jours sont comptés, je serais apaisé si je recevais encore quelque nouvelle de lui. Je mourrais content. Mais je crains qu'il ne vienne plus, même si je pouvais l'appeler. Je n'ai plus rien à lui offrir et il sait uniquement prendre...".

 

  L'ego ne connaît qu'une seule chose : prendre. L'amour donne.

  C'est tout ce que j'avais à vous dire aujourd'hui. Que dire de plus. Si votre vie peut devenir comme cet arbre, étendre de vastes branches qui dispensent une ombre bienfaisante à ceux qui ont besoin de se détendre , alors vous saurez  ce qu'est l'amour. Les saintes écritures, les cartes, les dictionnaires ne servent à rien. Il n'existe aucune liste de préceptes en matière d'amour.

  Je me demandais comment vous parler de l'amour. Il est tellement difficile à décrire. L'amour est, il existe, c'est tout. Si vous veniez regarder dans mes yeux, vous l'y verriez. Peut-être le sentez-vous lorsque j'ouvre mes bras vers vous.

  L'amour.

  Qu'est-ce que l'amour ?

  Si vous ne percevez pas l'amour dans mes yeux, dans mes bras, dans mon silence, vous ne l'entendrez pas non plus dans mes paroles.

 

  Je vous remercie d'avoir écouté patiemment. Je m'incline devant le divin qui se trouve en nous tous et vous salue.

 

 

Bombay, Bharatiya Vidya Bhavan Auditorium,

28 août 1968

 

Shree Rajneesh

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Publié dans Nature

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