La dame et le cône

Publié le par acila

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                                                                                    Photo : Dr Stefano Schiaparelli



  Ce billet fait suite à la lecture, le 3 janvier 2010,  d'un article du monde.fr visible  ici. (Il est encore temps de ne pas aller plus loi). Je me permets de revenir dessus pour faire mon intéressante pour développer certains points. Cet article porte sur la vie de Lourdes Cruz. On pourra déjà se penser en nous-mêmes : tiens les parents étaient tellement croyants qu'il n'ont pas eu peur de charger la croix de leur fille par un prénom fortement connoté mais nous n'irons pas au-delà de la pensée rapidement émise car des informations plus précises, nous n'en avons tout simplement pas. (Ben si en fait, j'ai voulu rédiger de mémoire mais en cherchant l'intitulé exact de la profession de la dame -que je n'ai pas trouvé- je suis tombée sur Lourdes Cruz, cinquième de la fratrie , se souvient d'une ambiance joyeuse. Et très pieuse. Chaque soir, le rosaire était récité en famille; je ne me souvenais pas de cet extrait mais en même temps ça colle bien dans le contexte). Et malgré cela ou peut-être à cause de cela, elle ne s'en est pas laissé compter par Dieu ni par Bernadette Soubirous. Entretemps, que voulez-vous, la femme s'est libérée en faisant des études par exemple (d'ailleurs le père considérait la connaissance comme le bien le plus précieux à transmettre). Lourdes Cruz a choisi d'être chercheur scientifique, et la science étant centripète Mme Cruz étudie depuis 30 ans un petit coquillage. Le père était chimiste,  la fille a consacré sa vie à l'analyse de poisons (elle est restée célibataire).

 La journaliste a  mis comme titre "la dame et son tueur fourbe". J'imagine qu'il fallait placer tueur pour attirer le chaland, mais fourbe ! Déjà humainement, le tueur n'est jamais franchement sain à la base, il me semble, sauf légitime défense nous dit quelque part la loi. Or justement, qu'est-ce qu'il fait le vilain petit cone ? Il tue pour sauver sa vie quand un deux pattes a décidé de l'ajouter à sa  collec de belles coquilles, donc cqfd légitime défense, acquitté. Ah ce n'est pas le seul cas ? Exact ! Il tue aussi pour manger, c'est aussi de la survie mais sans ennemi ce coup çi. Et pourquoi, il fait ça ? Peut-être parce qu'il n'a pas de plan B ? Non parce que j'aimerais bien voir l'auteur de l'article coincée dans sa coquille (à humaniser l'animal on peut aussi animaler l'humain, parce que sinon c'est trop facile) avec pour seule fourchette un tentacule fort dangereux, elle ferait sa maligne (oui c'est une femme en plus), sa rebelle face au Créateur peut-être ? "M'en fous je fais la grève de la faim tant qu'on me donne pas la possibilité de chasser mon gibier à la loyale ?" Encore une fois je me permets (quelle inconvenance oui je sais) d'avoir des doutes.

  Voilà les présentations des acteurs principaux sont faites. Le décor c'est le milieu marin, destination Les Philippines. Donc ce fourbe minuscule intéresse les humains parce que de son état de crustacé il est capable de nous tuer nous, alors que quand même c'est qui qui a inventé la bombe atomique ? Quelle arrogance ! Pour ta pénitence tu iras faire des démos de tirage de langue venimeuse au public (qui en bavera de sadisme permis) dans un petit aquarium et sur des poissons qui sont juste cons, eux. Ainsi va la vie. Lourdes Cruz est une femme déjà (ben quoi je fais de la discrimination féminine si je veux et puis elle a eu un prix (L'Oreal-Unesco, ça ne s'invente pas) parce qu'elle était scientifique mais, sans bite, donc faut l'encourager qu'ils ont estimé) et en plus étant baptisée comme elle l'est (non, je ne vais pas revenir dessus, vous pouvez rester), elle était obligée de transcender tout ça. Comment ?

  Déjà elle a commencé par se questionner (c'est parfois un préalable nécessaire pour trouver des réponses) Pourquoi est-il mortel ? Quelles zones affecte-t-il ? De quels composants est-il fait ? Comment les reproduire ? Comment les détourner ? ... Je croyais en avoir pour deux ans. Trente ans plus tard, le champ de recherche parait illimité conclue-t-elle. C'est que le cône a été super bien fignolé, c'est pas parce que c'est petit, que ça vit sous l'eau sur des côtes de pays non-occidentaux que le travail doit être baclé. Et si c'était même le contraire ? Ca serait une sacrée surprise (rien à voir avec un mélange d'émissions JPF/MB) et vas-y que je te fourgue une foultitude de nanoprotéines dans le liquide qui tue. Vous comprenez (ou pas) maintenant pourquoi il fallait une Lourdes Cruz pour mettre la main sur ce trésor bien caché. Bien sûr il y a eu débouché(s) pour la médecine (avec un produit plus fort que la morphine (1000 fois tout de même) mais qui évite la case j'ai besoin d'un sevrage après parce que je suis devenu toxico sans même m'en apercevoir), bien sûr il y a eu des brevets, bien sûr les royalties ont été bien gardées. Lourdes Cruz, ben avec un nom pareil on a pensé qu'elle était désintéressée, ah elle l'est ? Qu'est-ce que je vous disais. Et puis avec la gloire le prix, elle a eu droit à  100000 dollars c'est pas rien tout de même. Elle va créer un laboratoire pour étudier la médecine traditionnelle d'un peuple indigène, on la soutient de tout coeur -ah ben non, si on en avait un ça se saurait-, de tout notre pognon -ben non plus en fait, ce n'est pas utile on vient de vous dire qu'elle en a déjà reçu; bon on attend avec impatience ses résultats. Non mais oh c'est qui qui parle sur Mon blog là ? Un peptide aurait-il muté en virus pour faire encore un peu plus peur aux hommes ? Dans le doute comme dans la certitude, méfions nous des cônes surtout lorsqu'ils sont géographes.

Publié dans Nature

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JMP 08/01/2010 19:15


J'ai pas tout compris mais j'adore (et j'adore parce que que je n'ai pas tout compris) :)
Merci pour le lien.


acila 09/01/2010 20:35


Ha ha oui je n'ai pas tout compris non plus lorsque je l'ai relu et j'allais l'enlever lorsque j'ai trouvé votre commentaire, j'assumerai donc ! (il y a
heureusement un article original plus clair; je me souviens que c'est  l'idée (malhonnête) de fourberie appliquée à un crustacé qui est à l'origine de l'embrouillamini, une émotion
trop forte a peut-être perturbé le raisonnement).
Avec plaisir.

Un peu plus tard le déclic se fit à la lecture des premières pages du Rapport de police de Marie Darieussecq dans ces mots là  : "(le mot plagiat vient du grec) plagios, oblique,
fourbe."