La Terre de la Folie

Publié le par acila

  L'autre jour, j'étais de passage quelque part pour faire quelque chose, ce quelque chose fut rapidement fait et germa alors dans mon esprit cette idée : et si j'en profitais pour revoir un vieux monsieur de mes amis ? Je tentais de le joindre sans succès. Dans l'attente d'une hypothétique réponse, j'échafaudais un plan machavélique. Je projetais de l'embarquer à une séance de cinéma (C'est la Pédé influence). Je regarde le programme et j'y vois le film d'un vieux monsieur; dans mon équation à la noix j'avais pensé que les vieux s'entendraient bien entre eux. Enfin c'était pas tout à fait ça mais plutôt : entre gens de la même génération des fois on se comprend mieux, des fois. Bon, et puis moi, j'avais cru comprendre que c'était un peu des histoires de dingues (dont il allait être question), ce qui n'était pas pour me déplaire. L'ami en question ne répondit pas. Non, il n'est pas mort.
  Je me rendis donc toute seule à la projection. Je ne sais pas si nous fûmes dix dans la salle. Avant la projection, on entendit un tic tac tic tac tic tac  qui ne manqua pas de faire sortir le mot bombe de la bouche de mes voisines de devant. J'ai donc fait la connaissance ce jour là de Luc Moullet hé hé. Dès le début, le ton est donné : il parle très lentement en articulant bien (comme une personne qui aurait mangé une plaquette entière de neuroleptiques, chez Evene ils y voient plutôt un effet Droopy),  pour nous révéler qu'il s'est toujours senti inadapté. Je supporte mal d'être avec plus de deux personnes (ah tiens, ça me rappelle quelqu'un ça). Il va nous embarquer pour un petit voyage sur la terre de ses origines. On part pour une région plutôt sauvage où la densité tombe à un habitant au km².  Un espèce de trip à la Raymond Depardon sous gaz bizarre. Car Monsieur Luc Moullet va nous raconter de drôles de choses sur un drôle de ton.
  Soeurs humaines, qui en même temps que moi vivez, je vous avez déjà informées que le dragueur à la noix a établi ses quartiers en région parisienne. Vous pouvez aller excursionner à la capitale, le danger est somme toute relativement anodin si nous vient l'idée de le comparer à celui qui existe dans le pentagone maudit que voici :
 

     pentagone.jpg

  En effet, le nombre de meurtres a été tel dans le coin que pour celui qui y a des origines il semble impossible de ne pas avoir de lien avec l'une ou l'autre des parties. Il va de soi que ce sont des choses sur lesquelles l'on n'aime pas trop disserter au coeur des familles. Mais il arrive que ça sorte tout seul et c'est ainsi que Luc Moullet apprend un jour que dans l'une des branches de sa généalogie, il existe un meurtrier qui a frappé par trois fois (générant donc trois victimes), à coup de pioche (j'ai trouvé la reconstitution très réussie) suite à une histoire de chèvre déplacée de quelques mètres. Oui parce qu'ici, le mobile n'est pas l'important. C'est plutôt le besoin de se soulager.
  Il y a une espèce d'enquête visant à percer le mystère du pourquoi ici et là précisément le meurtre a choisi de laisser pousser ses racines. On part sur une histoire de barrage des montagnes à l'air marin entraînant carences iodées et goîtres à tire-larigot puis c'est la piste de Tchernobyl et de son nuage. Le médecin qui nous explique tout ça, il n'a même pas de blouse blanche alors moi je n'y crois pas trop (d'ailleurs à la fin y a une dame qui dira peu ou prou la même chose, oui je spoile dur, ah c'est la femme du réalisateur, je scoope toujours également et n'ai vraiment peur de rien non non). Je suivrai plus ce monsieur qui anime des ateliers d'écriture en prison et qui met le doigt sur le manque de mots qui entraîne le passage à l'acte, sur le manque de divertissement : la haine permet de vivre; une passion dure 6 mois, un amour 3 ans; une haine 100 ans, elle se transmet de génération en génération. Sans mot, pas de possibilité de corrompre la haine.
  Si vous voulez tout de même aller vous perdre dans ces sauvages contrées, sachez que c'est par jour de vent (mauvais) que le fada lève sa pelle, sa pioche, sa bouteille, son couteau, sa carabine pour inscrire le mot fin sur le livre de la vie d'une victime choisie de façon aléatoire (ou pas).
  Pour les âmes sensibles, sachez qu'il n'est pas seulement question d'assassinats. Les suicides sont également répertoriés, j'ai d'ailleurs trouvé particulièrement savoureuse la discussion du réalisateur avec la jeune dame sur l'art délicat de mettre fin à ses jours de la façon la plus idéale qui soit ha ha.
  Je viens d'apprendre que le film avait reçu une récompense dans le festival grolandais; en même temps, ça ne m'étonne pas vraiment.

Publié dans Inclassable

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loula 17/01/2010 22:14


Je remarque que tu aimes écrire... j'aimerai bien savoir le faire autant que toi... mais il faudra que je revienne lire tranquillement ton texte...bonne soirée Acila


acila 20/01/2010 20:46


Oui disons que j'essaye de me prendre au jeu (maintenant que j'ai décidé à mon corps défendant d'ouvrir un blog) et de m'améliorer (j'ai d'ailleurs reçu un mail de
lecteur me disant que sur cet article il avait TOUT compris, je serais donc en progrès, ce qui me ravit bien sûr). Quand on sait manier le crayon, les pinceaux, façonner la terre comme tu sais le
faire, je ne vois pas comment il ne pourrait pas en être de même pour quelques touches de clavier . Bonne soirée à toi
Loula.