Rab d'ego

Publié le par acila

  Je suis les modes.
    A ma vitesse.
Soit à celle d'un escargot flâneur.
     La mode du jour, celle de l'autoportrait.
Déjà vue
ici.
     Je dirais même plus de la vieillerie ressortie du placard.
Et là, c'est
lui qui a commencé.


  Celle qui est collée là a le teint hâlé. Cette photo pour passeport a pourtant dû être prise avant les vacances. Le miracle de l'anticipation sans doute ! En l'observant attentivement on ne peut qu'être frappé par la rondeur du visage. Le bandeau dans les cheveux vient jouer la surenchère sur ce thème. Le front ainsi dégagé est comme une place offerte, prêt pour la confrontation. Aucune ride ne le trouble, il est à l'unisson avec le reste du visage : aucune expression réelle ne se dégage : c'est un peu effrayant. C'est un premier regard, il faut creuser plus avant. Se laisser couler dans un aspect lisse troublé par une ondulation de cheveux courts. On pourra alors le percevoir autrement. Les lèvres ne se dessinent pas en un sourire mais ne se plissent pas non plus en moue. Elles sont juste là, elles font acte de présence au rendez-vous. Son nez est le seul à sembler un peu incongru, à rompre l'harmonie. En un sens c'est peut-être un début d'explication mais l'ascension se poursuit irrésistiblement. Les yeux, reflets de l'âme dit-on semblent ici bien insondables. On est loin de l'amour-propre, c'est plutôt l'Absence - comme si seul le corps s'était rendu au photomaton et qu'elle, elle l'ait attendu derrière le rideau.
  En fouillant bien on peut peut-être saisir un peu de fatigue, de lassitude, menant à une espèce de détachement. Ce pourrait être la figure du malheur si la rondeur des traits - toujours là - ne gommait ce pressenti funeste. Celle dont la tête flotte là a déjà pris congé. Le regard extérieur s'accroche pour un instant sur deux grains de beauté d'inégale grosseur; la maman dans le cou a perdu son petit qui va bientôt rejoindre la commissure des lèvres, détail d'une solidarité du rond vers le cylindrique. Clé de la photo que cette harmonie dans le courbe ? Ne cherchez pas l'angle droit, le visage penche dangereusement; à se demander si un pendule ne s'est pas réincarné ici, l'instant d'un flash.

  Et puisque ces derniers temps j'ai pu constater que Renaud était présent dans la blogosphère (ici puis ), je m'en vais derechef refaire ma copieuse et en planter un extrait à mon tour.

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JMP 20/02/2010 21:27


Ah ah! Et on peut la voir où, cette fameuse photo qui fait se pâmer les douaniers?


acila 21/02/2010 10:52



Et bien vous savez ce que c'est : lorsque que l'on veut (a besoin d') un nouveau passeport il faut rendre l'ancien, mais il doit me rester un exemplaire de la série
que je ne manquerai pas de vous montrer le jour où vous me dédicacerez les Nouvelles penchées si le dit photomaton vous intéresse (parce que non je ne vais pas le publier ici, désolée
hein).



JMP 13/02/2010 19:26


"Vieillerie" toi-même, hé :))!!
(ou alors vieillerie poétique)...
De quelle "photo" est-il question??


acila 19/02/2010 10:59


oups, quand je dis vieillerie je parle de l'oeuvre et non de l'auteur (je peux être sans gêne mais tout de même...), de la photo de mon ancien passeport (sur laquelle
avait craqué un douanier burkinabé)


hopla 13/02/2010 09:18


Ah la pratique de la tronchonneuse !
Rab d'égo ? J'aime ce titre.
Il y aussi les râles d'égos parfois si bruyants ...


acila 19/02/2010 10:57



oui ça bruisse dans le vent